La region du Gansu.

Les villes prises en compte sont les suivantes :

Lanzhou : capitale de la region
Xiahe et Labuleng ( Labrang ) : et sa ville - monastere -  tibetain ( superbe ). L'universite tibetaine.
Biling : son boudha geant, le fleuve et des paysages superbes
Wuwei : sur la route, et la tombe
Jiayuguan : la muraille de Chine cote Ouest. La porte pour l'Ouest qui est maintenant le Xinjiang.
Dunhang : oasis en plein desert, dunes de sables et chameaux
Mogao : un des plus splendide site de peintures bouddhistes au monde

Le texte en format rtf pour lecture hors ligne

Lanzhou
3 Août.
Lanzhou est la Capitale de la région du Gansu. C'est une ville historiquement importante sur la Route de par sa position près de la frontière Nord Ouest et dans une région pas encore trop désertique permettant les cultures. Elle est située le long du Fleuve Jaune.

Temple de la pagode blanche.
Dans la montagne il y a toute une série de pavillons le long du chemin. Les courageux montent à pieds et les autres prennent le téléphérique et font la descente à pieds. La vue n’est pas bien intéressante car c’est très brumeux, Lanzhou est en gros une des villes les plus polluée au monde. 

Nous sommes en plein été et le niveau de l’eau est bas et les rives du fleuve Jaune sont exploitées par les vendeurs de thé qui mettent sur cette plage naturelle des chaises longues et parasols pour le repos du passant. Les vendeurs viennent chercher le client sur le quai. Traversé le fleuve Jaune sur un des premiers ponts en dur sur le Fleuve.

On voit à Lanzhou beaucoup plus de types de gens différents. Cela va du Musulman ( Hui ) qui porte la longue robe, une barbe et la 'toque' musulmane. Les femmes musulmanes se couvrent la tête mais pas le visage. La couleur du foulard dépend de l’état marital : Célibataire, mariée, veuve. Ceux d'origine du Pakistan ou de la région Chinoise voisine ( Kashgar, Karakoram ) ont un visage caucasien. Les moines Tibétains portent leur robe pourpre et ont le crâne presque rasé. J’ai vu deux Chinois aux yeux bleus. Je le redis mais au Nord Ouest de la Chine les gens peuvent être comme l’Européen. C’est ce qui explique que ce n’est pas débile du tout que l’on me prenne régulièrement pour un Chinois ou Pakistanais. Kashgar n’est pas si loin et est la frontière avec le Pakistan, par le Karakoram, col du Kunjerab. Même si en gros 95 % de la population est Han, les minorités sont là. 5 % sur plus d'un milliard ça fait du monde ! Les billets de banque Chinois ont tous des visages d'imprimés,. Sur ceux de un Yuan, et cinq jiao par exemple, les yeux des jeunes filles ne sont pas bridés du tout. Sur tous, le montant est écrit en plusieurs langues, du genre arabe, tibétain, et je ne sais quoi encore. Diversite chinoise.

Brique peinte, typique des tombes Han
Musée de Lanzhou


La ville a l’air moins riche que Xian, vu les vêtements des gens, les boutiques sur les grandes avenues. Les rues sont souvent bordées d’arbres, mais toujours autant de poussière et de balayeurs qui avec de gros balais, nettoient des avenues larges comme les champs Elysées. Il y en a beaucoup et c’est quand même efficace. Il y a de la poussière - les montagnes désertiques ne sont pas loin - mais c'est propre.

Biling
Après deux heures de route et une heure de bateau au Sud de Lanzhou, on atteint Biling, site de falaises, de grottes sculptées et d’un grand Bouddha. Il est étonant de constater que la liaison routière se fait sur une belle route en bon état. Elle sert d’ailleurs à tout le monde. Sur une telle belle route, on y dort, s’installe presque en plein milieu pour discuter, assis. Il y a de temps en temps de grosses épaisseurs de foin sur cent mètres de long. Une partie des récoltes est étalée sur la route pour que les véhicules séparent le grain du foin en roulant dessus. On croise des ânes, charettes, petits tracteurs. Tout le monde roule en plein milieu. Le conducteur de tracteur conduit très prês du moteur et n’entend pas le klaxon de l’automobile qui veut doubler. Il ne tourne la tête que lorsqu’on le double. De toutes façons ils ne s’écartera pas alors ça ne change pas grand chose. Cette grande route pour peu de trafic doit faire partie des programmes de désenclavement de l’Ouest Chinois. De gros efforts ont été entrepris. C’est une véritable ‘autoroute’ bien goudronnée souvent bordée de grands arbres.
 
Les cultures en escalier dans la montagne laissent voir de très beaux paysages de vert clair associé au brun de la montagne. N’imaginez pas de riz ici ! On est beaucoup trop au Nord, c’est sec et le riz demande une grosse humidé. C’est le domaine du blé. On mange peu de riz, qui doit être plus cher car pas une production locale. C’est ce qui explique que le plat omniprésent est constitué de pâtes, faites et cuites sous vos yeux. On ne peut imaginer plus frais.

Les gens ont l’air de vivre de manière autonome, cultures, troupeaux de moutons, maisons en terre que l’on peut faire soi même avec des briques de terre (pas cuites, juste séchées au soleil).

Paysages de BilingSans nous connaitre, nous nous retrouvons à six Français à vouloir aller à Biling. Nous prenons le petit bateau qui devait être rapide. Manque de chance celui çi a un petit moteur et le conducteur demande à ce qu’on se mette à l’avant pour faire accélérer. Il aurait fallut rester une heure, tassés à l’avant pour gagner quelques ridicules km/h. Ca ne nous intéresse pas trop. La raleuse de service du bateau, qui elle est bien installée à l’avant et ne bouge pas commence à sortir des phrases du genre "les étrangers ne sont pas courageux et ne veulent pas bouger pour améliorer le temps de trajet". Pour lui rabattre le caquet sans entrer dans des discussions stériles je vais tout simplement complètement à l’avant du bateau, hors de la cabine et lui fais un bref signe pour qu’elle me rejoigne. Bien entendu elle ne bouge pas mais au moins se tait maintenant. Trois autres personnes sont, elles, venues dont une guide qui a fait deux ans de Français à Xian. Ca va un peu plus vite mais surtout bien plus agréable d’être à l’air libre que dans la cabine. Le trajet est superbe.

Arrivés sur le site, pourtant important dans l’art Chinois, on voit qu’il y a très peu d’effort pour la conservation. Juste quelques volets autour des grottes pour empêcher les oiseaux d’aller y nicher. Ce n’est pas contre les voleurs car les volets voleraient avec un bon coup de pied, la fixation étant faible. Il y a une petite communauté qui vit en presque indépendance sur le site. Ils élèvent quelques animaux, cultivent du blé et commandent le reste, essence, pièces détachées, aux bateaux qui amènent les touristes.

Le boudha géant, d’une trentaine de mêtres doit être refait régulièrement car en terre séchée. Les statues en terre et en bois sont assez abimées et ont peu de couleurs. Le grottes sont creusées dans la roche.

Paysages des environs ( 4 photos ) 140 K
Grottes Biling ( 4 photos ) 150 K
Buddha ( 4 photos ) 54 K

 

 

 

Musée de la ville
Il y est décrit le gros mélange des populations, cela va du Kazak (langue Puqiake, écriture kazak) au Yugur ( langue Raohur ), Mongol Subei (langue Weilate, écriture mongole), Dongxian, Tibétain ( langue Ando et Zhuoni, écriture tibétaine ), Musulman ( écriture arabe ), Tu ( langue huzhu, écriture Minke ), Solar, Bonan, Han ...

On y voit les costumes divers et colorés. J'y revois le symbole du poisson comme un des plus ancien symbole utilisé comme motif de décoration. C'est d'ailleurs l'emblème du site de néolithique de Banpo près de Xian. Une tête humaine oblongue décorée qui prend une forme de poisson. Les motifs à cordes sont aussi utilisés et sont parmi les premiers. J'en avais vu à Tokyo aussi. Une corde tréssée qui est appuyée sur l'argile pour l'empreinte. L'expo sur la route de la soie : c'est une expo sous le patronage de l'UNESCO. On y rappelle que la Chine s'appelait Seres, soie, pour les romains, montre divers personnages célèbres qui ont été plus ou moins à l'origine des routes. Sont aussi  représentés Zhangqian, le père de la "route de la Soie", pour qui c'était la route des chevaux, des explorateurs, moines. Kumarajiva est le moine du 4ème siècle, bien connu dans la région du passage de Hexi - seule vallé étroite et à peu près fertile qui fait le lien entre la Chine centrale et le Nord Ouest, sinon c'est du gros désert ou de la montagne . C'est un bouddhiste mahayana ( bouddhisme plus accessible contrairement au theravada, plus puriste et difficile d'accès ) qui a traduit du Sanscrit au Chinois les sutras du lotus et des textes bouddhiques indiens. Ils sont quatre à l'avoir fait. Il a vécu Wuwei. J'y ai vu sa pagode qui est complètement à l'abandon en plein milieu d'une sorte de petite usine et d'un tas de charbon. Un des premiers personnages à avoir introduit le bouddhisme en Chine, et sa pagode est à l'abandon !

On y rappelle les inventions typiquement chinoises, la soie, le papier, l'encre et l'imprimerie, la poudre ( sous les Tang ), la porcelaine... C'est pas dit mais les pâtes aussi. Le savoir faire a été importé ensuite en Italie par les navigateurs. L'italie reste toutefois pour bien des gens, le pays des pâtes. On y voit les poteries les plus anciennes du monde, environ 8000 ans. Elles sont l'objet du patronage de l'UNESCO car patrimoine mondial. Elles sont parfois peintes et appartiennent à la culture Dadiwan. Elles ont été trouvées dans la région du Qinan. Il y a aussi les omniprésents tripodes, en terre cuite ou bronze selon les époques.
 
 
 Cliquez ici pour le detail
Une des pièces maitresse du musée est la statue du "cheval ailé" trouvé dans une tombe à Wuwei. Un cheval en course avec un oiseau sous un sabot, qui le fait voler, pour indiquer la rapidité des chevaux de Fergana, les chevaux célestes selon l'expression de l'empereur Han Wudi. C'est vrai qu'il a l'air de voler.

On y rappelle aussi les principaux sites boudhiques importants, pour référence : Mogao, Mati, Tiantishan, Biling (style mudra), Maiji shan (shan = montagne)

C'est un très très beau musée qui vaut vraiment le déplacement à Lanzhou pour le passionné de la Chine. Sinon à mon goût il n'y a pas grand chose à voir dans la ville, la montagne de la pagode blanche n'est pas très intéressante.

Gengis Khan serait mort dans les monts Liupan entre Xian et Lanzhou.

Pour nettoyer les sols en pierre polie, c'est de la sciure de bois qui est utilisée. De l'eau et de la sciure. La ville est brumeuse (dans tout le trajet c'est brumeux ) et on ne voit pas grand chose, même à deux cent mètres de haut à la pagode blanche, qui d'ailleurs est brune. J'en ai un peu marre de manger des nouilles et cherche pendant deux heures un restaurant avec menu en anglais. Je trouve un fast food et c'est tout. J'y rencontre Zhang li qui à l'air vive et brillante, et ma foi fort jolie. C'est d'aileurs elle qui m'aborde et me demande si je ne veux pas venir à sa table avec son amie pour faire la causette. On discute de tout et de rien. Elle parle un anglais impéccable sans être jamais sorti de Chine. Son amie parle moins mais essaye. Elles m'emmènent jusqu'au téléphérique pour la pagode blanche.

A la sortie de Lanzhou, quand on part au Nord Ouest, on passe dans le seul couloir, du Gansu, ou passage de Hexi. Passage étroit, parfois 15 km uniquement de large, ça se voit très bien du train, et de 1200 km de long entre des obstacles naturels. Il y a les montagnes Qilan au Sud, culminant à environ 6000 mètres. On les voit enneigées au loin. Elles donnent sur les plateaux tibétains plus au Sud-Ouest. Au Nord ( 15 km parfois ) c'est le désert de Gobi. Plus à l'Ouest on rejoint le désert de Taklamakan. De l'autre côté du passage, on retrouve les villes de Jyayuguan et Jiuqan qui fermaient l'accès avec la grande muraille. Ces villes étaient des villes de garnison et sont encore de nos jours des villes avec une grosse population Han importée. Sinon tout ce couloir représente la frontière entre la Chine, le Tibet, la Mongolie et l'Ouest depuis des millénaires. Les peuples chinois à l'Est, les éternels ennemis Xiongnu - Huns mongols au Nord, les Ouïgours et Xia à l'Ouest et Tibétains au Sud -Ouest. Ce long et unique passage est LE symbole de la route pour ce qui est du brassage de populations, il n'y avait pas d'autres moyen de passer, sauf faire des milliers et milliers de kilomètres pour contourner.

Train Lanzhou - Wuwei
aïe aïe aïe, pire que le bus

Déjà pour prendre le ticket on est dans l'ambiance. Le guichet est assailli par un groupe désordonné. Tout le monde tend ses sous et demande sa destination en même temps. L'employé prend celui qui a le bras le plus long ou celui qui pousse ou crie le plus fort. Et même si vous êtes devant, il y aura toujours quelqu'un qui essayera de tendre son bras pour passer devant. Il faut pousser ou crier ou on ne passe pas. Ca marche à la force, c'est très simple. Si on ne comprend pas ces choses de suite on est en décalage complet avec le pays et ça peut énerver. Une fois compris, on y va vaillament à chaque fois et il n'y a pas de problèmes. Les gens se faufilent partout, le moindre, moindre petit trou est bon pour passer un pied, une main et tirer le reste pour passer devant, sans aucun sentiment d'avoir doublé.

Les bagages sont passés au scanner dans toutes les gares. Les images à l’entrée du point de contrôle montre tout type d’armes, couteaux, grenades, détonateurs, fusils, pistolets, revolvers, étuis … surement pour ceux qui ne savent pas lire, mais, est il besoin de préciser, c’est interdit.

Dans le train, histoire de savoir ce que c'est, je me place dans les sièges durs et non les mous. C'est bondé. les gens sont parfois accroupis ou debout sur les sièges, histoire de changer de position, pieds nus. Ils dorment parfois par terre. Les charriots du service de restauration ont la taille de la moitié du couloir, ce qui permet à deux charriots de passer en se doublant sans avoir à faire des manoeuvres. Ceux qui dorment par terre ne vont d'ailleurs se mettre que sur une moitié du couloir et le charriot passera sans vraiment faire attention si un doigt dépasse. Les gens le savent et ne dépassent pas leur moitié. Les plats ont l'air très bon, bien cuisinés. Il y a aussi un charriot avec de la soupe, une louche et des bols. Vraiment, de quoi faire palir le wagon restaurant des trains français. Aux arrêts de gare les vendeurs ambulants proposent des plats digne de restaurants, riz, légumes, viande, sauces, herbes, aïl, piment.

Pour ce qui est de l’état général, les gens crachent ou vident le fond de thé par terre, comme partout dehors. Pour que ce ne soit pas trop sale sur le long trajet, l'homme de service lave le sol à grande eau avec son balais serpillière, poussant ceux qui dorment par terre. Comme c'est très bondé les gens partagent souvent une place, se mettant en biais. Dès qu'il se passe quelque chose, un contrôle par exemple toutes les têtes se lèvent et regardent. On voit bien alors que c'est bondé et sur une banquette pour deux il y a parfois quatre têtes qui dépassent. Le soir, la fatigue de la journée venant, tout le monde essaye de s'alonger. Tous les moyens sont bons. Un enfant commence à avoir envie de dormir et n'arrive pas à s'allonger faute de place. Les parents étendent des journaux et le place sous le siège. Vu qu’il fait chaud, on traverse un désert quand même et que ce n’est pas climatisé, les gens viennent se rafraichir au point d'eau, en en mettant un peu partout, et repartent avec les pieds mouillés. Il y a un tas de charbon à côté du coin qui est utilisée pour faire chauffer l'eau chaude. Quelqu'un dort dessus et doit se pousser à chaque fois que le personnel de service vient chercher du charbon avec la pelle pour alimenter le four et chauffer l'eau. L'eau chaude est distribuée sans arrêt, dans une bouilloire. L'homme passe dans le couloir avec la bouilloire et un seau. Il place le seau par terre. Les gens tendent leur bocal, et il verse. Si ça coule à côté ça tombe dans le seau. Les gens boivent du thé, ou très souvent, juste de l'eau chaude. Les banquettes sont disposées en vis à vis et les petites tables sur le côté fenêtre sont pleines de ces bocaux en verre ou plastique utilisés pour le thé ou l’eau chaude. Comme les fenêtres sont grandes ouvertes pour aérer et faire un peu de vent, il y a un bocal qui passe par dessus bord de temps en temps. Ceux qui n'ont pas de place restent souvent debout en plein milieu du couloir, en attendant, laisant les sacs en plein milieu. Tout le monde tire pousse pour passer mais celui qui est en plein milieu ne bougera pas. Il faut pousser pour passer.

C'est le tour de force pour descendre du train. Il faut du muscle ! Ceux qui veulent monter poussent comme des malades pour essayer de récupérer une place assise et ne laissent pas descendre du tout. Ils savent que sinon ils seront souvent debout ou mal assis. Ceux qui veulent descendre poussent pour descendre. Pour descendre il a fallu que je mette ma valise de cabine en travers pour bloquer tout le monde et faire comprendre qu'on descend en premier. Tout le monde s'en moque et continue à pousser. Mais je suis bien accroché à une barre. Très énervé je hurle "on descend, on descend" et pousse, bloque avec ma valise ceux qui veulent monter. Deux controleurs attirés par ma scène essayent de tirer les gens qui n'ont qu'une envie, c'est de monter. Ceux qui veulent descendre en profitent pour pousser aussi et descendre. On arrive en gros à passer. Je continue à crier, en Français d'ailleurs.

Wuwei
Je prends le train pour aller à Wuwei, petite ville pas très touristique mais c'est là qu'on a trouvé le cheval céleste qui est le symbole de la Route de la soie et je veux aller dans cette tombe. La route a été ouverte pour aller chercher ces chevaux. Ensuite, caravanes après caravanes, d'autres échanges sont passés par ces routes, mais l'origine ce sont bel et bien ces chevaux, payés avec de la soie. Curieusement personne ne le sait car c'est du point de vue Chinois. Pour les gens de l'Ouest le but c'était d'avoir de la Soie, mais pour les Chinois c'était d'avoir les chevaux.

La ville est tranquille et calme. Ville de garnison, l'hotel est à côté d'une caserne. Je peux vous dire que les casernes chinoises se lèvent à 6h30, au son des chants pré enregistrés.

Visite du temple de Confucius à 8 heures du matin. Je vois le personnel qui fait des exercices de gymnastique avant d'aller au travail, sous un haut parleur qui débite une chanson qui en gros ne dit que 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8. C'est assez poussiéreux et beaucoup de salles sont fermées.

Temple taoïste
C'est sous ce temple que se trouve la tombe dans laquelle on a trouvé le fameux cheval ailé, symbole de la Route de la Soie. Pour souligner leur rapidité, le cheval est représenté avec un oiseau sous une patte, comme s'il volait lui même. Je sais que c'est là et tourne autour pour trouver l'entrée. Mais il n'y a qu'une vague porte blindée et elle est fermée. Une guide me voit chercher et finit par comprendre. Pour vingt yuans elle m'ouvre la tombe. Elle m'amène un livre guide en anglais. La tombe est vide, tout a été mis au musée de Lanzhou. Cette tombe est classique des tombes Han, en brique. Tout le couloir, les pièces le long du couloir sont avec un mur de briques. Il faut se baisser pour passer d'une pièce à l'autre.
 
 La tour de la cloche et son temple actif.
Les gens viennent se faire lire des prières écrites sur des feuilles de papier léger et les brûlent. Surement pour que la fumée porte les prières au ciel. Dans la rue je mange des raviolis et des pâtes, fait sous mes yeux. La pâte est roulée en un cylindre de quarante centimètres de long, deux de diamètre. La cuisinière prend les deux extrémités et 'secoue'. Le cylindre s'étire de plus en plus. Par la suite elle refait la même chose sur des sections.

Wuwei est aussi la ville du moine Kumarajiva ( cf ci dessus )

Je ne vois aucun mais aucun étranger sur toute la journée et ai eu une seule personne qui parlait un peu anglais, sinon, tout en Chinois. Beaucoup de drapeaux rouges au sommet de tout et de rien. Comme partout il y a plein de chantiers de construction. Des avions de chasse passent dans le ciel. Comme la banque a un ordinateur elle sert aussi de point de vente de billet de train, un service en plus à la clientèle.

Xiahe
Monastère de Labrang / université tibetaine.
 

C’est une ville en majorité tibétaine. C'est un des sites les plus émouvant de mon séjour.

17 Photos, cliquez sur les liens :
Monastere Labuleng
( moines + vue generale du monastere ) 85 K
Xiahe ( 4 photos ) paysage, moines tibetains, temple, homme sur le toit avec paille 95 K
Xiahe ( 4 photos ) ville, temple, paysage 52 K
Monastere Labuleng ( 4 photos ) 63 K
Monastere Labuleng ( 3 photos ) batiments 44K
Yourte tibetaine 27 K

Bus, aïe aïe aïe !

Il faut faire sept heures de bus de Lanzhou pour y aller. C’est le seul moyen. On vous demandera 1000 Yuans en voiture et environ 30 en bus. Pour ceux qui veulent du tout confort, passez votre chemin. Il est toutefois intéressant de voir les différentes utilisations du bus. Il ne partira en gros que quand il est plein, pas question de gâcher des places en partant avec des places libres. Un bus qui fait six sept heures de route peut attendre vingt minutes pour se remplir. Toutefois je n'ai jamais eu de longues attentes. Il doit toujours finir par partir pour ne pas être trop en retard. Toutefois la notion d'horaire signifie simplement l'heure à laquelle on commence à remplir et non à laquelle on part. S'il est plein, pas de problêmes il y a toujours quelques petits tabourets de prévus. On les met dans le petit couloir et ça fait des passagers en plus. Il y a deux chauffeurs, l'un conduit et l'autre ... anime ! L'adjoint du chauffeur, généreux, fait aussi bénéficier du bus sur la route. Gratuitement ou pas selon son désir. Il est debout pendant presque tout le voyage ( sept heures, je rappelle ). Il alterne avec le chauffeur. Il se met près de la porte, ouverte et la moitié du corps dehors il interpelle les passants, "qui va à Xiahe, qui va à Xiahe..." Dès qu'il y a une main qui se lêve il fait arrêter le bus et prend le passager, qui se met ... là où il peut. Le bus est bien sur plein. Il y a des petits tabouret pliables au fond du bus. Juste le temps qu'un arrive du fond du bus en étant passé sur toutes les têtes au passage. Les visages des gens sont beaucoup plus tanés par le soleil et les femmes ont souvent des pomettes bien rouges. Ce sont ainsi une bonne dizaine d'hôtes qui viennent en cours de route ( pour un bus qui contient 25 places ). Selon les bus si l'espace entre les sièges est faible il faut se mettre en biais. Mais en biais il y a ceux qui sont dans le couloir et il n'y a pas beaucoup de places. Quand l'espace entre les sièges est correct ça va. C'est fatiguant sur sept heures et des plus mauvais pour le dos.

Ca ne doit pas être bien autorisé de prendre des passagers supplémentaires alors avant de passer les contrôles de police, l'adjoint du conducteur fait descendre les hôtes supplémentaires et le chauffeur se débrouille toujours pour demander à une voiture d'aller les chercher. Car bien sur il ne faut pas reprendre les passagers sous le nez de la police. Pied de nez aux contrôles des routes. Tout le monde rigole lorsque les passagers remontent et l'adjoint chauffeur a l'air bien fier de lui. Et hop encore un passage de police de passé ! Je sens une présence policière plus marquée que vers Xian.

Si vous voyiez l'énergie que dépense un chauffeur de bus ou cyclo pousse pour chercher son client, et non attendre qu'on l'utilise comme en France par exemple. Ils font des allers retours sur les artères passantes, scrutent partout. Descendent, vont demander aux gens s'ils sont bien surs de ne pas vouloir monter avec eux, discutent les prix, mais tant que vous ne partez pas, c'est jamais non. Mais si tu as besoin de moi, regarde je te fais une réduction et je te porte ton bagage. Et combien de gens ai je vu finalement monter dans le cyclo, beaucoup, moi aussi. Une fois dedans on va partout, on cause, demande à s'arrêter pour s'acheter une bouteille d'eau ou pour demander un renseignement. Une fois la course finie bien sur il vous demande si tout à l'heure ou demain vous n'avez pas besoin d'aller quelque part. Et ce n'est pas parceque je paye plus car je mets toujours le compteur, parfois moi même ... ou négocie le prix avant de partir. C'est vivant. Oh combien différent du chauffeur qui ne dit rien dans sa cabine et surtout n'aide pas les gens, s'arrête aux arrêts indiqués et pas entre, même pas pour une personne agée. Sur un long trajet en bus, quand le premier des passagers a faim, il dit "j'ai faim" et l'adjoint du chauffeur demande aux autres. En général c'est le cas et selon les réponses, ou peut être la faim de l'adjoint le bus s'arrête au prochain site.

Ces bus sont sales par terre, étroits, bruyants, chauds, mais quelque part il vivent, ô combien différents et ne sont pas qu'un moyen de transport où chacun va rester fermé dans son bouquin ou balladeur. J'ai toujours autant que je pouvais fais la causette avec mes voisins, échangés des biscuits, fruits et ai aussi reçu en échange, notament des graines de tournesols, un morceau de pastèque ( j'étais bien ennuyé avec car ça coule et suis allé le manger dehors, en arrêtant le bus, voilà un exemple ), et surtour reçu beaucoup de sourirs. Certes il y a aussi le temps où vous restez cinquante kilomètre à côté d'un voisin qui mache bruyamment son chewing gum la bouche ouverte.
 
 

On arrive en montagne à Xiahe à environ 2900 m d’altitude. Il y fait frais et la petite laine est la bienvenue le soir. C’est un paysage, environnement complètement différent de Lanzhou. De vertes montagnes avec des tentes tibétaines (yourtes) dans lesquelles les gens vivent. Xiahe et son monastère de Labuleng est un des gros lieux de pélerinage tibétain en Chine. C’est un curieux mélange entre le pélerin venu de partout et le touriste, venu, aussi de partout. Les rues sont pleines de touristes avec appareils photos qui mitraillent et de moines étudiants en robe pourpre. On y voit quelques Lamas avec leur chapeau jaune. Le crâne presque rasé pour tous. Les lieux de prière laissent la porte entre ouverte l'air de dire entrez si vous voulez mais nous on prie. Les photos sont interdites à l'intérieur et il n'y a pas de cartes à vendre. L'université tibétaine est active.

La ville a des constructions en pierre pour les batiments du monastère. Les portes sont en bois partout. Les couleurs des murs vont du blanc vif de la chaux, du doré ( avec je ne sais quoi ), de la pierre nue, de la terre séchée. Le haut sera surmonté par des blocs de paille sombre, très très tassés et coupés en tranche, face au mur. Les portes, fenêtres sont pleines de motifs sculptés et peints dans le bois ou la pierre. Les tentes dans la montagne sont très claires. En été elles sont couvertes avec un tissu blanc vif avec des motifs de couleur. En hiver elles seront sombres. Quelques sommets sont surmontés d’un drapeau. Les drapeaux sont fixés tout du long du mât et peu longs à flotter. Les mâts sont hauts, un tronc d'arbre en fait d'environ six mètres de haut, maintenus par de gros blocs de pierres.

Les alentours du monastères sont très paisibles car c'est la montagne. Pas de bruit et on a une bonne visibilité et un ciel bleu. Les maisons sont en terre séchée ou avec du bois pour celles plus riches.

Un des jeunes ouvriers sur un toit, qui me voit d'en haut fouiner partout pour visiter m'interpelle avec des 'Hello' et me dis de monter sur son échelle. Il y a de la paille qui sèche sur le toit. On ne va pas gâcher une telle surface tout de même. Il y a une bonne vue sur la ville, basse, un niveau.

Le moine fait son besoin là où il est. Quand ça vient il s'accroupi et hop. C'est curieux. On marche tranquilement dans une rue avec un moine devant ou que l'on croise et tout d'un coup il s'accroupi et un petit ruisseau coule de dessous la toge. Ils ne sont pas du tout génés et continuent à vous regarder sans gêne. Maintenant que j'y pense je n'ai pas vu de femmes moine.

Les pélerins
Les processions de font dans le sens cosmique, comme la rotation de la terre autour du soleil, sens des aiguilles d'une montre. Tous, sans exception, tournent autour de la ville, et pour chaque temple, stupa ils tournent autour. Cela fait quelques kilomètres de procession. Il est dit qu’ils doivent faire 10.000 tours en tout. Les moulins à prière tournent aussi, les gros sur des supports le long des murs du monastère ou les petits portables avec une petite boule pour entrainer le cylindre contenant les prières qui elles aussi tourneront. On entend le son grave des trompettes tibétaines. Les drapeaux flottent au vent, ainsi que les prières sur les tissus. Les bâtiments des temples sont faits de terre, pierres, blanchis à la chaux et surmonté de paille tassée, coupée sur la tranche. Les chemins de la ville sont en terre. Les pélerins circulent sur des chemins bien définis qui font le tour de la ville monastère. Bien sur le premier jour je fais le chemin à l'envers et au bout de quelques temps me demande pourqu'oi je croise tout le monde dans l'autre sens. Les femmes portent de longues jupes et des nattes. Hommes et femmes portent des chapeaux clairs.

Tout le monde est là, du jeune, très jeune qui marche à peine aux viellards. Hommes, femmes, tous. Certains marchent, vite, d'autres se prosternent en s'alongeant complètement ventre à terre et tendant les mains loin devant, puis se relèvent, avancent d'un mètre et recommencent, sur des kilomètres. D'autres font tourner les moulins à prière en disant le "o meho pad meum" que j'entends bien. Ca m'a surpris de l'entendre pour de bon car on m'en avait parlé il y a environ vingt ans. Les gens sont pauvres, c'est flagrant, mais ô combien religieux et sincère vu l'effort qu'il faut fournir pour ces processions. Et tout le monde tourne, tourne en marchant assez vite, prie sans s'arrêter, va faire un signe avec la tête sur une pierre. Les bébés qui font aussi le pélerinage se font porter sur les chemins mais marchent lorsque le parent tourne de nombreuses fois autour d'un stoupa. BB fera trois quatre pas, retombera sur ses mains pour marcher un peu à quatre pattes et s'arrêtera pour sa pause, puis repartira entrainé par le flot incessant des pélerins. S'il pleure car il a perdu sa mère, elle le retrouvera au prochain tour et le confiera à la grand mère qui fait une pause sur une marche, car épuisée. Au matin, sur les côtés du sentier, dans la montagne, ceux qui ont passé la nuit là se lèvent et vont reprendre leur procession en portant leur couverture, le seul toit qu'ils ont. Ils ne doivent pas pouvoir se payer de gite. Et ils tournent et tournent, vite, dans un flot incessant. Tous, tous. Les vêtements sont multi couches. Pendant la journée on roule le haut en ceinture. Ils sont très colorés, surement pour donner un peu de couleurs à une vie qui ne doit pas en avoir tous les jours.

Quand je m'asseois sur un rebord de mur il y a toujours deux ou trois personnes qui viennent se mettre à côté. Un avance doucement la main et passe un doigt sur les poils de mon avant bras, sans rien dire. Il sourit et s'en va continuer à tourner puis revient ensuite pour continuer à observer. Parfois ils ne disent rien, regardent simplement. Je me demande qui regarde qui. Ils sont très intéressés par la photo de mes parents que j'ai dans le manuel de conversation et la regardent dans tous les sens.

Je fais une pause le soir dans une pièce / salon de l'hotel. De suite deux personnes viennent â côté. Ils font des sourires simples et sincères, sans rien dire. Puis voyant que je ne suis pas dérangé et que je leur propose de venir, ils s'assoient et regardent tout ce que j'ai : carnet de notes, photos, livre. Je prête le tout et c'est inspecté méticuleusement. De suite ils me demandent mon age, si je suis marié ou non, combien d'enfants dans la famille. Les valeurs universelles. Je peux répondre en Chinois pour ces questions simples et du coup on continue un peu, mais je suis vite limité parlant peu. Un autre vient se mettre à côté et regarde ce que j'écris. Je lui fait comprendre comme je peux que ce sont des notes de voyage, en lui montrant mes yeux, d'un geste circulaire je montre le paysage et puis le carnet. Ce que je vois je l'écris. Il fait un grand ah de soulagement l'air de dire "j'ai compris". Il repart se remettre à sa table avec les autres, revient, regarde encore un peu le livre et mon carnet de notes que je redonne et repart avec les autres. Mais dés que je lève les yeux de mon carnet j'ai ces paires d'yeux qui me scrutent et font de gros sourirs l'air de dire, c'est pas finit nous on regarde jusqu'au bout !

Beaucoup de touristes sont ridicules. Parce qu'on est un peu en altitude ils s'habillent comme s'il allaient au combat, avec de grosses chaussures alors qu'ils ne vont marcher que dans la ville, des sortes de gilets pareballes avec quarante poches, un sac à dos pour porter en gros une bouteille d'eau, un short abimé.

Des gens parlent je ne sais quelle langue et je reconnais des sonorités de russe, sans pour autant que ce soit du russe. Curieux. Une langue dont je ne connais peut être même pas le nom !
 

Un des moines futur guide a quelques soucis pour lire l'anglais. Il m'appelle, me fait rentrer dans sa pièce et sort son manuel de phrases. "Je suis le guide pour le monastère"... Il me montre les phrases et commence à les lire. Me voila lecteur ! Il a quand même du mal, et prend des notes phonétiques sur ce que je lis, en tibétain.

Visite en anglais ( avec un autre moine ).

Les manuscrits sont en sanscrit, indhi et tibétain. Il faut apprendre toutes ces langues si on veut lire les écritures. Le 'beurre de yak' sert à faire des lampes et quand il est dur il y à même des gros blocs sculptés. Une des statues a vingt ans. Il dégage une odeur de ranci qui est omniprésente mais pas trop forte. Les lieux sont peu éclairés car suite au feu de 1985 ils ne veulent pas mettre d'électricité pour ne pas que les court circuits ne fassent à nouveau brûler le monastère. L'université est active, les cours ont lieu dans des amphis de 1500 places, ou un petit coin lorsqu'il y a peu de participants. Certaines chaires ne sont suivies que par six étudiants. Dans une pièce, le long d'un mur face au boudha allongé il y a quelques paillase par terre. On peut penser que c'est là pour se reposer, ou pour un garde de la pièce, mais non, le guide nous dit ça c'est la chaire de telle discipline. Imaginez dans votre salon quatre coussins ou une natte au sol et vous aurez une idée de la simplicité du 'mobilier'. Et ça ne les empêchent pas de lire le sanscrit dans les textes anciens originaux, ou des langues que l'on ne connait plus sauf dans ces monastères. C'est un monde à part. Ils ont accès à des cultures, des disciplines où il faut commencer par dix ans d'études avant de pouvoir lire les textes. Il leur faut apprendre le sanscrit, l'indhi, les tradditions boudhiques, tibétaines. Toute une éducation tibétaine. Ils le font pour leur culture. Quel défi intellectuel !

Le futur Lama est à Pékin ou à coté de Lhassa, il a 15 ans. Ira-t-il un jour à Lhassa ?

Le petit hotel où je suis est à vingt minutes de marche du monastère, à l'écart de tout, à la fraiche, calme, près de la rivière. Le trajet fait à moto pour y aller me semble assez joli et je vais au monastère à pied, en passant par un petit groupe de maisons en terre. Je croise une mère et sa petite fille toute mignone avec ses couettes. Elle à l'air timide et se cache derrière sa mère à chaque fois que je lui fais coucou. Toutefois elle veut voir quand même mes grimaces mais finit toujours par se cacher derrière sa mère. En ville j'achète un paquet de bombons en espérant la revoir et lui donner. Je rentre aussi à pieds le soir, et la vois sur une route perpendiculaire avec sa mère qui marche en direction de la même intersection que moi. Je n'accélère pas le pas et laisse faire le hasard pour voir si on va se rencontrer ou si elle va passer avant moi. Elle ont plus d'avance et passeront le croisement avant moi normalement. Et bien, hasard des choses, la gamine va inspecter des herbes dans le champ, ce qui les ralentit et on arrive en même temps au croisement. Je lui refais des grandes grimaces, elle rit un peu mais refait sa timide. J'ouvre ma poche et sort son paquet de bonbon qui a attendu là toute la journée pour elle. Je le lui tends et elle comprend tout de suite que c'est pour elle, vient le chercher sans crainte et va le montrer à sa mère qui est rentré dans leur maison qui est en face du croisement. Je continue ma route. Je me retourne une cinquantaine de mètres plus loin et hop il y a une petite tête qui me regardait et qui se rentre vite fait. Voila, je sais qu'au croisement de cette route de campagne à Xiahe il y aura une petite gamine qui aura quelques gourmandises pendant quelques jours. C'est pour tous ces petits détails que j'ai le sentiment amer de laisser tomber les gens à chaque fois que je quitte une ville où je suis resté un peu et ai échangé quelque chose avec les habitants, même juste un paquet de bombons.

Je repars le lendemain pour Lanzhou pour le bus de 7h. Le moto taxi est planté devant le petit hotel à 6 heures du matin, il attend dans le froid et la pluie.

Dans une des ruelles il y a des tuiles qui attendent la réfection d'un toit. Je gratte vite mon nom et la date sur une tuile. Si elle est utilisée je serai peut être pendant quelque temps dans un toit du monastère tibétain de Labrang.

 

Jyayuguan
La porte de Jade.

C'était dans le passé le fort, le poste le plus à l'Ouest de la Chine. Ce passage est situé entre les monts Mazong au Nord et les montagnes Qilian au Sud. C'est, le bout de muraille le plus à l'Ouest. Contrairement à celle de Pékin, elle est en terre séchée et a été reconstruite il y a quelques années, surement à peu près au même endroit. Elle est fine, deux hommes en parrallèle. Le fort est toujours là, assez imposant. J'aurai donc vu la muraille à l'Est il y a vingt ans et maintenant celle à l'Ouest. Toutefois cette section reconstruite est courte et étroite. Le mont Mazhong est sombre et rocailleux et il faut pousser sur les jambes pour aller au sommet, là où cette section de muraille se termine.
 

Fort et muraille ( 4 photos ) 90 K
Muraille de Chine Ouest et monts Mazhong 87 K

Dunhang
Ca devait bien faire cinq ans que je voulais y aller. Après avoir lu, m'y voilà maintenant.

Le site de Mogao, tout proche est une façade dans la montagne, qui contient des grottes bouddhiques aménagées contenant des peintures, statues et jadis des moines et des livres. Une idée de la taille ? 492 grottes en tout, 45.000 fresques, 2000 statues en bois et en son temps 50.000 manuscrits. Petite précision, c'est en plein désert du Taklamakan et à quelques 25 kilomètres de l'oasis de Dunhang. 

C'est l'ensemble le plus riche de statues et peintures bouddhiques au monde.
 
 

Apsara de la grotte 327   


Chaque nom de photo correspond a sa grotte.
Cliquez dessus pour aggrandir. Toutes one une version de detail.

Ou lisez l'origine ici :
Grotte 327. Dynastie Song. Sublime : Apsara volant ( 150 K), et le meme 38 K
Grotte 45. Dynastie Tang (periode 705-780 ) 61 K
Grotte 285. Dynastie Wei de l'Ouest ( 535-556 ap JC ) 57 K
Grotte 123  une statue 56 K, un visage 47 K, une autre statue 38 K et la meme en 162K
Grotte 61. 5 Dynasties ( 907-959 ) Detail du mont Wu Tai

   

La grotte 17 est celle de la bibliothèque. Elle ne doit faire que vingt mètres carrés mais contenait des milliers de documents, entassés, inestimables et volés. Les voleurs sont connus et avaient pignon sur rue en Europe. Au début du siècle l'Europe s'est décidée à visiter cette région du Turkestan Chinois. L'anglais Aurel Stein, Hongrois travaillant pour le compte Britanique, a raflé les belles pièces de la bibliothèque. L'allemand Albert von Le Coq y est aussi passé mais je ne suis pas sur qu'il ait raflé des pièces ( des écrits disent oui, d'autres non, à confirmer ). Un peu plus tard en 1908 le Français Paul Pelliot s'empare d'une autre grande partie de la grotte 17. Ils sont honis par les Chinois. Mon jugement sur le propriétaire de ces oeuvres est à double face. Je serai pour que les oeuvres soient rendus à la Chine, mais, le jour où elle aura prouvé qu'elle s'en occupe. En attendant les écrits sont bien conservés. Au moins ils ne sont pas détruits. On sait où ils sont ; 10.000 à Londres, d'autres à New Delhi et au musée Guimet à Paris par exemple. La Chine a perdu toutes les pièces anciennes, qui sont partie par la petite porte dans des caisses. Au temps où elle ont été volées, elles ont en gros été en fait payées dix francs trois sous au type qui gardait la porte. Ce qui prouve que la Chine n'en avait rien à faire et ne les surveillait pas vraiment. A part quelques moines savaient on seulement qu'elles existaient ? Oui, puisque un vice roi de la province avait fait murer la bibliothèque pour la protéger. Mais lors de restaurations, un prêtre l'a découverte. Par la suite c'est lui qui vendra à plusieurs reprises des documents pour se faire un peu d'argent et payer la rénovation des grottes ! Il s'agit de Wang Yuanlu, prêtre taoïste, même pas bouddhiste ! Les 50.000 manuscrits dans cette petite bibliothèque contenaient des trésors de descriptions sur les religions, la médecine, les mathématiques, les coutumes, l'histoire ... datant facilement du 4ème siècle. Ils étaient écrits en chinois, ouïghour, sogdian, tibétain, sanscrit et...des langues inconnues, perdues. Il est dit qu'il y avait une version du Soutra du diamant, imprimée, je dis bien imprimée, en 868. C'est un des plus anciens document imprimé au monde, maintenant à Londres. Une version en Nestorien de l'Evangile selon St Jean est à Paris. ( les Nestoriens, banis de la Chrétienté et de l'empire romain ont trouvé refuge en Perse, et se sont développés du Golfe persique au Pacifique en passant par Changan et Pékin. Ils ont été soutenus par les premiers grands khans mongols, qui ne soutenaient et ne détruisaient pas de religions en particulier ).

Les grottes sont à peu près protégées, mais les portes ne ferment pas complètement et le sable en suspension passe quand même lors des tempêtes de sable. Surement pour une ventilation. Il fait noir à l'intérieur puisque ce sont des grottes mais les guides ( et les japonais sur équipés avec gilet de combat, rétro fusées,... car c'est bien connu qu'il faut un gilet de combat pour visiter des grottes ) ont des torches. Dehors on est en pleine tempête de sable, on n'y voit pas à vingt mètres, et quoi qu'on fasse on en a plein la bouche, même fermée on sent le sable sur les dents. On voit la poussière de sable avec la lumière des torches et aussi en dépot fin sur les statues.

C'est surprenant comment des grottes si anciennes sont souvent en parfait état, sans aucune restauration, pour de nombreuses d'entre elles. En fait seules les peintures utilisant des pigments minéraux traversent les siècles, le végétal s'oxyde et noircit. Beaucoup de visages, roses en leur temps sont maintenant marrons ou noirs, mais pas tous.

Le musée cite les sources pour les pigments à Dunhang. Pour référence,

Le rouge est ici fait à base de minium, de l'argile rouge ou du vitriol 'crismon', realgan,

le jaune, à base d'orpiment, litharge, poudre d'or,

le vert à base de malachite, chlorine, cuivre,

le bleu à base d'Azurite, lapis lazuli, d'ultramarine,

le blanc à base de vitriol plombé, kaolin, talc, mica, gypse, quartz,

le noir à base d'encre de Chine.

dixit le musée.

Le rouge vermillon passe au brun chocolat.

Il y a donc des pierres semi précieuses réduites en poudre pour faire de la 'peinture'. Sur certaines peintures l'or a bien sur été gratté par les divers voleurs. Le bois utilisé pour les structures est souvent de l'orme. La roche est trop tendre pour être sculptée et les statues sont en bois.

Le guide qui parle un Français impéccable avec un vocabulaire très précis cite les différents styles qu'il y a. Sur un bon millénaire la région a été successivement aux mains des Chinois, Tibétains, Xixia, khanat musulman de Chagatai, Mongols. Pour ma part, loin de son niveau, j'ai bien du mal et ne différencie que le Han, du Tang, de l'indien du tibétain mais ne vais pas plus loin. C'est beau. Une des figures les plus légères qui revient souvent est faite avec des 'anges volants', apsaras, que j'aiment particulièrement. Ils ont de longs fils de soie qui continuent les vêtements comme un écoulement d'air, c'est léger et fluide. Ils sont souvent peints la tête en bas, renforcant l'idée de vol et non de suspension. On ne se lasse pas de regarder ces peintures murales et le petit groupe de Français passe la journée entière avec deux guides à se faire raconter, en Français une vingtaine de grottes. Imaginez une grotte avec une entrée de deux mètres de haut, puis une plus ou mois grande cavité allant d'environ trente à plusieurs centaines de mètres carrés. Tous les murs, plafonds sont peints. Deux grandes grottes ont des bouddhas debout et conché d'une bonne quinzaine de mètres de haut. L'éclairage est fait avec la lumière qui passe l'entrée ou les lampes électriques. Dans certaines grottes il y a parfois dix mille bouddhas peints, tous avec une position différente, des scènes de vie relatant lesw épisodes de faits historiques ou religieux. Le départ de Zhangqian y est peint. Cela prenait plusieurs années pour finir une grotte. Le mécène payait mais c'étaient les moines qui orientaient les artistes. Parfois il y a plusieurs couches. Selon les époques, la précédente n'intéressait plus alors on la recouvrait et repeignait pas dessus.

Il peut même neiger sur le site ! incroyable en plein désert, mais il y a une photo dans le musée. Dans le musée je lis qu'il y a quelque chose avec un Français et les photos montrent quelqu'un qui lit des documents dans la grotte 17. Je recopie le nom attribué en Chinois et le montre au guide. Il s'agit de Paul Pelliot.

Les grottes de Mogao sont encore ouvertes au public mais vont fermer sous peu. C'est donc la dernière génération de notre époque à les voir.

Les dunes de sable de Mingshen
A quelques kilomètres de Dunhang. On est en plein désert et le gros oasis de Dunhang donne sur de grosses montagnes de sable qui culminent à environ 2000 m. J'ai de la chance car il ne fait pas très beau et donc pas très chaud, une trentaine de degrés. Les 'dunes' sont dures à escalader. C'est uniquement du sable et le pied s'enfonce de la moitié du pas. C'est frustrant mais on avance quand même, à grande peine et chaleurs. Il y a bien un chemin moins pentu et plus long mais l'arête sur laquelle on marche est étroite, un mètre peut être et est l'objet d'entassement et d'embouteillages fréquents, utilisée par les familles. Je préfère avoir un peu d'espace dans ces belles dunes et le paie, ainsi que d'autres gens, en montant sur un autre côté. Je m'arrête plusieurs fois, épuisé, mes chaussures à la main. Les gouttes de sueur perlent et dégringolent dans le sable formant des petites boules qui descendent plus ou moins bas. Très amusant. Au sommet je continue sur une arête un peu à l'écart mais pas trop car je ne connais pas du tout ces terrains sabloneux et leurs dangers. Je fais mon trou dans le sable, ainsi qu'une petite sièste. Le sable est fin, doux et épouse parfaitement la forme du corps. C'est un parfait matelas. De plus contrairement à la plage on dispose d'une pente naturelle qui permet de s'alonger et de regarder le paysage. Bon, pour l'eau fraiche, il n'y en a pas trop. Je dis pas trop car en bas des dunes il y a un petit lac naturel, qui, depuis des siècles, est là. Miracle. Le 'lac' du croissant de lune, en forme de croissant. Du sommet on a une très bonne vue sur cet oasis de Dunhang. Il y a parfois une frontière nette entre le sable et les cultures. Curieux. Un mètre vous êtes en plein champ vert, et l'autre en plein désert, pas de transition. Le reste consiste en zones d'habitations de maisons souvent en terre, et les zones industrielles. C'est assez gros. De l'autre côté, des montagnes de sable, vierges, à perte de vue. Un couple de lézards, la tête en l'air ainsi qu'une patte a l'air de me regarder. J'essaie de les courser mais comprends bien vite qu'ils sont du coin. Ils filent sur le sable, on à l'impression qu'ils ne le touchent pas. Je continue ma marche et rencontre une mère qui fait un somme dans le sable et son enfant fait des galipettes à côté. Souvent les petits ont les culottes ouvertes à l'arrière. Les couches ne sont pas encore arrivées partout. Ca ne lui plait pas trop et il doit enlever le sable toutes les deux ou trois galipettes. Il finit par trouver je ne sais quoi dans le sable, je suis trop loin pour voir, et s'empresse d'amener son trésor à sa mère qui dor...mait.
 
  
Dromadaires ! ( 3 photos ) caravane de dromadaires 46 K
Dunes ( 4 photos ) Dunes et lac du croissant de lune. 29 K
Dunes ( 3 photos ) et Dunhang vue des dunes. 33 K

Je redescends. Tout le monde essaye de descendre en glissant mais ça ne marche pas. J'essaye aussi, on ne sait jamais, peut être le tissu du pantalon, le poids/surface peut aider, mais rien à faire. Je descends debout en courant un peu mais ça va trop vite et il faut ralentir. J'essaye alors les bonds. Quelle trouvaille ! Avec le sable et la pente on peut faire des bonds assez longs et retombe sur la pente en sable sans danger. A chaque attérrissage cela provoque un cratère et du sable qui vole de partout. Je me prends au jeu et fais des bonds de plus en plus longs, avec des cratères de plus en plus gros et du sable de partout. J'accélère mes sauts et continue un peu enivré par ce sentiment de légèreté et aisance de mouvement. En effet, un rien d'effort et on saute joyeusement. Alors en poussant un peu on vole presque. Une fois arrivé en bas, en plein milieu de mon dernier cratère et plein de sable, je lève les yeux et voit une caravane d'une dizaine de dromadaires arrêtés avec leurs cavaliers touristes qui me contemplaient et me font des 'good good, OK OK', l'air de se dire nous aussi on va faire ça, ça a l'air bien amusant ! 

Il est assis pour qu'on monte dessus et se lêve. On a l'impression de partir en avant et heureusement qu'il y a une protection car sinon je serai tombé. Je ne m'y attendais pas du tout. Je ne me sentirai pas du tout à l'aise si la bête se mettait à courir. Ils font des bruits terribles que l'on entend de loin.

Note sur un couple
Ils font partie d'un groupe qui suit le guide dans les grottes. Tout se passe bien, on passe dans des grottes, dans le silence et l'écoute du guide. Nous attendons parfois que d'autres groupes sortent afin que deux guides ne parlent pas en même temps. Puis, des gens rentrent en même temps que nous et se mettent à parler ce qui rend plus difficille l'écoute. La femme d'un couple se met à faire des "chut" et se met a dire "oh non, il y a des gens". ( Oui il y a des gens en Chine, même un bon milliard ). Ce couple abandonne la visite d'un des plus complet site bouddhique au monde car il y a quelqu'un dans la grotte ! Que vont ils raconter en rentrant ? il y avait une piscine, pas de poulet frites et dans un site, je ne me souviens plus du nom mais c'était bruyant. Jacques et moi on est partis. Pauvres gens. A leur défense, tout de même mais du bout des lèvres, il est bien vrai qu'un groupe de français ou de japonais se comportera de manière bien plus respectueuse et silencieuse que le groupe de chinois, qui, sans guide pour faire respecter un minimum d'ordre, rentre partout en criant. Si on n'a pas l'habitude c'est sur que ca dérange face au "calme et volupté" français.

Mais la Chine n'a que faire du calme et de la volupté. Les portes se sont ouvertes il y a vingt ans et avec le faible niveau du pays et sa croissance il faut que ça avance vite. Les gens sont habitué à tirer et pousser pour faire avancer les choses plus vite et ça fait du bruit. La Chine avance vite et ce sont des bosseurs. Il est vrai que beaucoup de choses se font à la force et non avec civilité. Quand on voyage seul on le voit vite et s'y fait ou se fait rouler, devancer sans arrêt.

Voila, ce petit voyage est fini. Gros, gros pincement au coeur, aucune envie de rentrer, sentiment de les laisser tomber, retournant dans une ville riche, et les laissant avec les petites transactions à un, deux Francs pour un simple et très bon repas, leur refus presque systématique de prendre un billet de cent car, c'est trop gros. Dans vingt, trente ans peut être ce sera fini. Vu son rythme d'évolution la Chine sera en gros au niveau d'un pays moderne et vue sa population, balaiera les autres pays, sans aucun mais aucun complexe.

Fin de dossier, retour au menu